Guerres archéologiques: le patrimoine syrien en danger

Les jihadistes du groupe Etat islamique ont pris leurs quartiers dans la ville de Palmyre et sa cité antique, massacrant des centaines de personnes. REUTERS/Mohamed Azakir
Les jihadistes du groupe Etat islamique ont pris leurs quartiers dans la ville de Palmyre et sa cité antique, massacrant des centaines de personnes.
REUTERS/Mohamed Azakir

Les conflits en Syrie et en Irak font peser de lourdes menaces sur les trésors archéologiques de ces pays, territoires de l’une des plus anciennes civilisations. L’hémorragie a commencé en 1991 au moment de la première guerre du Golfe avec l’installation d’une base américaine sur les ruines de l’ancienne Babylone, puis la guerre d’Irak en 2003 et notamment le pillage du musée de Bagdad. Depuis, la liste n’a cessé de s’allonger et elle concerne aussi la Syrie, dont le conflit qui déchire le pays depuis 2011 a abimé ou dévasté des hauts lieux comme Palmyre, Apamée ou encore Doura Europos. Entre destructions volontaires et pillages par l’Etat islamique, destructions ou dégradations liées aux affrontements, le péril est là.

En Syrie, le commerce illicite des antiquités a toujours existé. Sous Assad, avant la révolution, le pillage était déjà de mise. La police comme les gouverneurs locaux ont longtemps eu pour habitude de fermer les yeux en échange de gros billets. Depuis le début de la guerre, personne ne s’était vraiment ému du bombardement à l’artillerie lourde ou par l’aviation de sites syriens inscrits au patrimoine mondial. Mais la prise de Palmyre par l’Etat islamique, intervenue il y a quelques mois, a marqué un tournant, venant confirmer la triste nouveauté de la situation marquée par le caractère industriel du pillage et de la destruction par l’organisation. Palmyre, site classé au patrimoine mondial de l’Unesco, abrite les ruines monumentales d’une ville qui fut l’un des plus importants foyers culturels du monde antique. La chute de Palmyre a fait prendre conscience au monde qu’il était concerné, que le patrimoine mondial était menacé.

Selon Maamoun Abdulkarim, directeur général des antiquités et des musées de Syrie, sur les 10 000 sites répertoriés dans le pays, il est fait état de la destruction et du pillage de 300 d’entre eux. Au-delà des sites, ce sont des villes entières, comme Alep, des citadelles, des lieux de cultes, de vie – comme les souks -, des monuments qui ont subi des dégradations parfois irréversibles.

Le « nettoyage culturel » de l’EI est en marche et la guerre n’est pas finie. La « volonté de l’organisation est d’effacer la diversité culturelle en détruisant les repères patrimoniaux des peuples. Il y a également, poursuit Maamoun Abdulkarim, volonté de détruire ce qui va à l’encontre de sa doctrine, et notamment les symboles chrétiens ».

Que restera-t-il des vestiges de l’une des plus anciennes civilisations, celle qui a donné naissance à l’écriture, à la roue, aux cités-Etats, à l’architecture monumentale, à l’année de 12 mois, au cercle divisé en 360 degrés ? Fort de l’expérience du pillage du musée de Bagdad, Maamoun Abdulkarim et ses équipes sont parvenus à mettre à l’abri plusieurs centaines de milliers d’objets. Mais cela ne représente jamais qu’une goutte d’eau. Dans l’ancienne Mésopotamie, comme en Egypte et dans la Grèce antique, on se faisait enterrer avec ses biens les plus précieux pour la vie de l’au-delà. Ce qui explique le creusement systématique de fosses sur les nécropoles. Les photos aériennes par satellite d’Apamée en Syrie, montrent un site criblé de trous. Un exemple parmi d’autres.

Le trafic illicite est l’une des principales ressources de l’EI, il représenterait un tiers de son financement. Les frontières de l’Irak sont poreuses, les pièces s’écoulent via le Liban, la Turquie, la Jordanie et Israël. Des pays voisins de la Syrie, le Liban est celui qui lutte le plus énergiquement contre ces trafics. L’Unesco est bien sûr mobilisée et très active sur la question. Le Conseil de sécurité des Nations unies a adopté en février dernier une résolution instaurant des mesures juridiquement contraignantes pour lutter contre le trafic illicite des antiquités et des biens culturels en provenance d’Irak et de Syrie.

Maamoun Abdulkarim revendique un travail de sauvegarde du patrimoine syrien et de sensibilisation qui n’est pas politique. Il demande que les sites archéologiques ne soient pas utilisés comme des champs de bataille. En Syrie et en Irak, les richesses de l’humanité sont en danger.

Par: Marie-France Chatin

Source: RFI

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